| sai | | # Déploie tes ailes # | | Déesse des RPG |  | | 1704 messages postés |
| Posté le 24-10-2005 à 23:42:01
| 1 Par une nuit dautomne La nuit, sombre et pesante, avait installé avec elle son obscurité. Il nétait ni question de lune ni détoiles : les épais nuages gris sétaient chargés déteindre ces lueurs. Dans les rues désertes, aucune autre lumière que celle faiblement émise par quelques réverbères, installés çà et là, ne parvenait à percer les ténèbres. Et plus loin, sur la plage, une silhouette se confondait à cette même noirceur. Une de ces rares personnes encore éveillées à cette heure tardive, cette jeune fille prise dinsomnie, errant sur ce chemin de sable, cherchant aussi désespérément que vainement le sommeil. Car elle espérait encore que la fatigue prenne le dessus et lui ferme les yeux de force avant de la bercer jusquà la plonger dedans. Encore une nuit blanche, comme tant dautres : elle ne dormait en effet quune poignée dheures par semaine, et même si son corps lourd, quelle traînait toujours plus difficilement, subissait les effets secondaires de ces veilles involontaires, son cerveau ne se résignait jamais au repos. Les somnifères terminaient fréquemment le travail entamé par cet interminable effort, mais cela ne pouvait plus durer : la fin des vacances approchant, il allait falloir reprendre en marche le train du sommeil. Cette fille avait pour nom Camille. Noyée dans un univers de sa propre composition, elle avait passé sa vie à fuir la réalité, toujours plongée dans diverses musiques, pour ne pas entendre les bruits de la rue, les cris des gens, le brouhaha incessant, si bien que le temps passant, même le silence lui était devenu insupportable. Cest ainsi, écouteurs dans les oreilles, quelle se leva. Elle fit quelques pas, sapprêtant à quitter la plage, ce sable humide sur lequel elle aimait tant venir, mais uniquement la nuit : elle y retrouvait sa bien-aimée solitude et passait de longues heures en sa seule compagnie. Le froid gelait chacun de ses membres : le temps de rentrer était sans doute venu. Ladolescente ferma les yeux un instant. Etrangement, le simple fait de clore ses paupières semblait par avance la préparer au sommeil qui lattendait : enfin, ce plaisir de pouvoir reposer ce corps meurtri par lépuisement, ce crâne si douloureux qui navait de cesse de la faire souffrir encore. Elle les rouvrit alors, scrutant dun regard de furet les alentours, tentant comme elle le pouvait de capter les plus faibles lueurs qui lui permettraient de retrouver le chemin de la maison. Quelques pas encore et elle quitta la plage, retrouvant les rues pavées désertiques qui sétendaient en dédales, supportant le poids des habitations et le peuple qui vivait à lintérieur. Le froid sembla sintensifier, la pluie sy mêla bien vite ; Camille saisit son col à deux mains pour remonter sur sa tête la capuche aussi noire que son manteau, et, couvrant le bas de son visage dune épaisse écharpe, reprit sa marche silencieuse. Cétait sans se douter que non loin de là, un chauffeur ivre arrivait à toute vitesse ; mais prise dans sa musique, elle nentendit pas le moteur rugissant se rapprocher, et cette capuche qui couvrait une partie de son visage en bouchait dautant plus sa vue. Ce nest que la projection de la lumière des phares sur le sol qui la fit réaliser que quelque chose arrivait, alors elle tourna la tête, mais trop tard. Lhomme dans sa voiture rentrait de soirée. Une situation bien banale, si lon en juge par la fréquence à laquelle elle se produit. Les quelques amis quil transportait sagitaient comme des enfants sils ne dormaient pas. Tout seul aux prises avec la pédale de frein, lorsquil aperçut enfin la silhouette sombre, il ne put ni léviter, ni sarrêter, et de plein fouet, il percuta ladolescente, le tout dans un assourdissant vacarme dû au crissement des pneus sur le sol humide. Et puis
le choc.
-------------------- Le coeur a des raisons que la raison ignore...
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